Beaucoup d’élus et peu d’appelés

20 octobre 2022

Être choisi pour le Conseil des ministres : une expérience riche en émotions

À l’aube de l’assermentation du Conseil des ministres, TACT s’est entretenue avec Luc Fortin, ex-député de Sherbrooke et ancien ministre du gouvernement du Québec, notamment à la Culture et aux Communications, à la Protection et la Promotion de la langue française, à la Famille et comme ministre responsable de la région de l’Estrie. Il nous livre ici un témoignage sur son expérience et son vécu en tant que candidat appelé à faire partie du Conseil des ministres.

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TACT : Monsieur Fortin, la première question qui nous vient en tête est bien simple et est souvent posée : peut-on demander de devenir ministre?

L.F. : La réponse courte à cette question est : « pas vraiment » !

Cela dit, il est toujours possible d’exprimer des préférences, mais la formation du conseil des ministres, c’est la prérogative du premier ministre. C’est à lui que revient le fardeau d’avoir une représentation équitable entre les régions, urbaines, rurales, entre les hommes et les femmes, de laisser une place aux jeunes, à la diversité, de miser sur les forces de certains député.e.s pour occuper des fonctions ministérielles qui sont délicates, et de miser sur le sens politique de certains élu.e.s.

TACT : Nous connaissons mal comment cela se passe en coulisse. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez vécu les heures qui précèdent l’assermentation du Conseil des ministres?

L.F. : C’est toute une expérience ! Je peux vous raconter comment cela est arrivé pour moi, la première fois, en janvier 2016. J’étais sur le point d’écouter les nouvelles du soir avec mon épouse quand tout à coup, j’ai reçu un appel sur mon cellulaire. C’était la directrice adjointe du cabinet du premier ministre qui me dit : « Luc, le premier ministre aimerait te rencontrer demain à 20 h, à Québec ». Elle me donne ensuite l’emplacement du stationnement d’un hôtel en m’indiquant que quelqu’un va venir m’y chercher.

Elle précise aussi que je dois venir seul, mais qu’il faudra que quelqu’un conduise ensuite ma voiture, parce que je ne pourrai pas faire le chemin du retour.

C’est ce dernier détail qui nous fait comprendre qu’on sera ministre, puisque la voiture de fonction d’un ministre est conduite par un garde du corps qui est également chauffeur. Cet appel a été suivi de 24 excitantes, mais très longues heures, pendant lesquelles tu sais que tu auras une fonction importante, mais tu ne sais pas encore laquelle.

Le lendemain soir, je me suis présenté à l’endroit convenu et là, une voiture noire s’est approchée. On m’invite à monter et un garde du corps me conduit dans le sous-sol de l’hôtel voisin. L’équipe du premier ministre s’y trouvait. C’était un peu surréel, parce que l’événement est tellement secret et confidentiel que l’entourage du premier ministre se parle dans des talkies-walkies pour éviter que nous croisions des journalistes ou d’autres futurs ministres en nous dirigeant vers l’endroit où se trouve le premier ministre.

Après quelques minutes d’attente dans une chambre, le premier ministre m’a reçu en compagnie de son directeur de cabinet. À partir de ce moment, tout se passe très rapidement ! Le premier ministre m’a demandé de mes nouvelles, puis j’ai entendu le tant attendu : « C’est aujourd’hui que tu fais ton entrée au Conseil des ministres, je te nomme ministre délégué aux Loisirs et aux Sports et ministre responsable de la région de l’Estrie ».

Ensuite, le premier ministre m’a précisé ses attentes envers moi pour le mandat, et je me suis déplacé dans une autre pièce pour rencontrer des membres de son équipe afin discuter de l’assermentation, de ma future équipe de cabinet, principalement de l’attaché de presse et de la directrice de cabinet.

Je suis reparti en jurant de garder le secret jusqu’à l’assermentation, et ce, malgré les journalistes qui téléphonaient pour savoir où et quand les rencontres se déroulaient afin d’avoir quelques primeurs.

TACT : Vous avez eu la chance de vivre cette expérience, mais comment ça se passe pour celles et ceux qui ne sont pas choisi.e.s?

L.F. : C’est certain que ce n’est pas une fin heureuse pour toutes et tous. Pour moi, ce fut bénéfique et une expérience très positive, je suis devenu le plus jeune ministre du gouvernement de Philippe Couillard à 33 ans et j’ai eu la chance d’occuper trois fonctions ministérielles.

Toutefois, avant que je devienne ministre, j’avais soupé avec un député, un vétéran de ma formation politique qui n’avait jamais été nommé ministre et qui m’avait dit : « Luc, tu as beaucoup de talent, et je suis certain qu’un jour tu vas être ministre. Je te souhaite de vivre cette expérience-là que moi, j’aurais aimé vivre. »

Cette personne était arrivée en tant que candidat vedette lors d’une élection, il a été élu et n’aura finalement jamais été ministre. À chaque assermentation, il espérait toujours que des changements imprévus se produisent. Il m’a confié avoir toujours porté son plus bel habit et sa plus belle cravate la journée de l’assermentation, au cas où il serait appelé à la dernière minute.

TACT : On comprend donc que cela peut générer beaucoup de frustrations…

L.F. : Évidemment, ça génère beaucoup de déceptions, beaucoup de frustrations, surtout dans un caucus nombreux comme celui de la CAQ avec 90 députés.

François Legault a d’ailleurs mentionné dès l’assermentation de ses députés cette semaine qu’il ne tolérerait pas la chicane de l’intérieur. C’est effectivement à prévoir que la véritable opposition du gouvernement viendra en effet de l’intérieur, alors qu’il y aura certainement beaucoup de personnes déçues. Dans ce cas-ci, ce sont beaucoup d’élus et peu d’appelés, contrairement à l’expression populaire. Ce sera certainement à suivre dans les prochains mois !

TACT : En conclusion, que retenez-vous de votre passage au Conseil de ministres?

L.F. : Être élu est un immense privilège et la fonction de député demeure la plus importante puisque c’est celle qui rend tout le reste possible. Il ne faut jamais le perdre de vue. Quant à l’obtention d’un poste de ministre, c’est un honneur, mais surtout, une grande responsabilité. Au-delà de la fierté, c’est un grand devoir qui nous habite lorsque l’on prête serment.

Pour lire notre précédente entrevue avec Martine Tremblay, conseillère spéciale chez TACT, et anciennement directrice de cabinet des premiers ministres René Lévesque et de Pierre Marc Johnson, qui porte sur les processus et les préoccupations derrière cet événement phare c’est ici

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