Le droit de vote des femmes : la ruse des pionnières

24 avril 2020

Actualités

Alors que la lutte contre la COVID-19 bat son plein, chez nous comme ailleurs, je tenais néanmoins à souligner l’anniversaire d’un événement historique pour les droits des femmes au Québec.

Le 25 avril 1940, il y a 80 ans aujourd’hui, le gouvernement du Québec accorde le droit de vote aux femmes, en réponse à plus de 25 ans de lutte féministe. Mais que s’est-il réellement passé?

L’histoire a retenu qu’il s’agit de l’œuvre d’Adélard Godbout, un réflexe historique bien masculin qui efface des décennies de lutte féminine. Or, si c’est un homme qui a pris cette décision historique, c’est bien parce que les femmes étaient écartées des sphères du pouvoir. Godbout avait plutôt voté 12 fois contre le vote des femmes dans le passé.

Mais comment les femmes ont-elles fait apparaître leur droit de vote dans le programme du Parti libéral en 1938?

C’est grâce à Thérèse Casgrain, qui s’est présentée au congrès du parti cette année-là, entourée d’alliées. Bonne organisatrice, elle avait fait en sorte qu’il y ait au moins une femme sur chacun des comités du congrès du PLQ, alors dirigé par Adélard Godbout (Forget, 2017). Ensemble, elles ont réussi à convaincre petit à petit leurs collègues, majoritairement masculins, d’inscrire le suffrage féminin dans la plateforme libérale.

Maurice Duplessis, alors chef de l’Union nationale et premier ministre, était pressenti pour rester au pouvoir après les élections générales de 1939. Pour le PLQ, ce n’était donc guère engageant politiquement d’inscrire le droit de vote des femmes dans leur programme, puisqu’ils ne pensaient pas prendre le pouvoir de toute façon.

Pas moins qu’un an plus tard, la Deuxième Guerre mondiale éclate. La campagne électorale est inévitablement teintée par ce conflit. Ernest Lapointe, alors ministre fédéral de la Justice sous Mackenzie King, intervient et présente le PLQ comme étant le seul parti sérieux pouvant empêcher une conscription en Europe (Blais, 2015).

Sur fond de guerre, Godbout est élu le 8 novembre 1939. Devenu premier ministre, il se trouve dans l’obligation de respecter la promesse qu’il a faite au congrès, celle d’accorder aux femmes le droit de suffrage et d’éligibilité. La pression est en effet très forte.

L’Église met sur pied une campagne publique pour dénoncer le fait que les femmes mariées pourront bientôt voter. Godbout aurait même tenté de démissionner et de convaincre le lieutenant-gouverneur de nommer Télésphore-Damien Bouchard à sa place, un homme politique plus libéral, qui lui, pourrait faire passer ce Bill controversé (Forget, 2017). Mais, Godbout finit par accepter de déposer en Chambre le Bill 18 le 9 avril 1940. Dans un discours prononcé le 11 avril, lors de l’adoption de principe du projet de loi, il dément cette histoire de démission et affirme souhaiter l’unanimité sur la question du suffrage féminin (Blais, 2015).

Ce long combat a été mené par des pionnières pour les droits des femmes, certaines dont on a retenu le nom : Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain, Idola St-Jean, et plusieurs autres, restées dans l’anonymat. Solidaires, elles ont obtenu gain de cause après des décennies de lutte féministe. Les Québécoises peuvent aujourd’hui exercer leur droit de vote et d’éligibilité grâce à elles, et ce, depuis 80 ans.

Sources :

Blais, C. (2015). Histoire parlementaire du Québec, 1928-1962 : La crise, la guerre, le Duplessisme, l’État providence. Québec: Les éditions du Septentrion.
Forget, N. (2017, 29 mai). Aujourd’hui, l’histoire. Thérèse Casgrain, une militante parfois sous-estimée. (J. Beauchamp, Intervieweur)

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