Lendemain d'élections: Entre victoire et mal de tête

05 octobre 2022

Huit minutes. Il n’aura fallu que huit petites minutes pour qu’un premier réseau annonce l’élection d’un gouvernement majoritaire formé par la Coalition Avenir Québec. Un premier coup d’œil sur les résultats nous permet de constater que François Legault dirigera un gouvernement avec la majorité la plus importante depuis l’élection de Robert Bourassa en 1989. Bien qu’il conserve son statut d’opposition officielle, le Parti libéral aura un lendemain de veille difficile en voyant son caucus réduit d’une dizaine de député.es et ses appuis chez les francophones fondre comme neige au soleil.

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Lendemain doux-amer du côté de Québec solidaire, du Parti Québécois et du Parti conservateur du Québec. Les solidaires voient leur caucus s’agrandir, mais leurs appuis populaires diminuer : une première depuis leur entrée en scène lors de l’élection générale de 2007. Les péquistes ne conservent que trois députés, mais sauvent les meubles en faisant élire leur chef et en récoltant plus de votes que prévu. Finalement, le Parti conservateur n’a pu faire élire personne, mais a tout de même fait le plein de votes (et donc d’argent).

Mais au-delà de ces premiers constats, à quoi devons-nous nous attendre pour la suite ? Quelles seront les conséquences de ce scrutin ? Voici quelques éléments de réponses en rafales.

Des négociations à prévoir dans les prochaines semaines. Pour les membres élus, les deux ressources les plus déterminantes sont le budget leur permettant de s’entourer d’une équipe et le temps de parole à l’Assemblée nationale et dans les commissions parlementaires. La part du lion de ces ressources est répartie entre les groupes parlementaires reconnus, donc ceux comptant au moins 12 député.es ou récoltant au moins 20 % du vote populaire. Avec 11 député.es au moment d’écrire ses lignes, Québec Solidaire cherchera à négocier une entente pour obtenir ce statut. Or, comme de telles ententes sont traditionnellement prises à l’unanimité, le Parti libéral devra accepter de partager son temps de parole et les péquistes chercheront à améliorer leur sort. Le gouvernement voudra négocier une telle entente pour éviter d’avoir à négocier avec une dizaine de député.es indépendants.

Des résultats qui relanceront le débat sur la réforme du mode de scrutin, mais qui rendent une telle réforme incertaine. Multipartisme et mode majoritaire ne font pas bon ménage et les résultats de cette élection en sont une illustration parfaite. QS qui récolte un point de pourcentage de plus que le PLQ, mais fait élire moitié moins de député.es. Ce même PLQ formera l’opposition officielle avec moins de votes que le PQ et quelques dizaines de milliers de votes de plus que le PCQ. Peu importe notre position sur la réforme du mode de scrutin, on doit reconnaitre qu’il s’agit d’un cauchemar en termes de représentation démocratique. Cela étant dit, une réforme n’est pas à portée de main. Le Parti libéral n’a aucun avantage à appuyer une modification du mode de scrutin. Du côté du gouvernement, c’est l’opposition de ceux et celles qui craignaient de perdre leur siège qui a freiné la réforme promise en 2018. Avec plus d’élu.es qu’en 2018, plus de mécontentement est à prévoir. François Legault a d’ailleurs déjà indiqué qu’il n’avait aucun intérêt à se lancer dans une telle réforme.

« Trop, c’est comme pas assez » : une gestion de caucus délicate à prévoir pour François Legault. Il n’y a rien que le gouvernement peut accomplir avec 90 député.es qu’il ne peut pas avec 74. Il y a une limite au nombre de ministres qu’il est possible d’ajouter. Plus de député.es pourraient signifier plus de mécontentement. La défection de Claire Samson en 2021 a donné beaucoup de visibilité au Parti conservateur. Maintenant qu’il n’est plus représenté à l’Assemblée nationale, François Legault voudra probablement éviter qu’une telle situation se reproduise.

Le Parti conservateur pourrait être là pour de bon, bien qu’il n’ait fait élire personne. En faisant le plein de votes, le Parti conservateur recevra une part non négligeable de l’allocation versée aux Partis politiques par l’État. Il pourra donc retenir son atout le plus précieux, son chef. C’est le charisme et les talents de communicateur d’Éric Duhaime qui a permis au PCQ de récolter autant de votes. Ces fonds supplémentaires permettront au Parti (s’il en décide ainsi) de verser un salaire à son chef et l’aideront à propager son message.

En terminant, de nombreuses questions restent en suspens. Avec un nombre historique de femmes élues, quelle place le premier ministre leur fera-t-il au sein de son cabinet ? Comment la CAQ va-t-elle gérer les enjeux montréalais ? Assisterons-nous à un jeu de chaises musicales de ministres et de sous-ministres ou François Legault choisira-t-il plutôt la continuité ? Il s’agit peut-être de la fin de la campagne, mais ça ne fait que commencer pour les mordu.es de politique québécoise.

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