201912.03
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Alberta-Québec : Reconnaître les faits

L’Alberta et le Québec se chicanent depuis quelques années, et ce n’est pas une bonne chose. Il est dans l’intérêt de chacun et du Canada de faire des deux provinces des alliées plutôt que des adversaires. Cela devrait commencer par une meilleure compréhension des enjeux propres à chaque région.

La crise albertaine

Pour leur part, les Québécois doivent prendre connaissance du fait que les Albertains traversent une grave crise économique, tandis que l’économie québécoise se porte particulièrement bien.

Quelques chiffres : De 2014 à 2019, les investissements non-résidentiels en Alberta ont diminué de 38 milliards, une chute de 39%. La récession, essentiellement causée par la chute des prix du pétrole, a fait doubler le nombre de chômeurs, de 111 000 à 200 000.

Source : Comparaisons interprovinciales, Institut de la statistique du Québec.

L’Alberta va mal, et comme l’humain le fait toujours en pareilles circonstances, elle cherche des coupables. Le Québec et le gouvernement Trudeau viennent en tête de liste. À tort.


La mauvaise cible

La principale cible du premier ministre albertain Jason Kenney est le système de péréquation. «Nous en avons assez de payer 13 milliards par année de péréquation au Québec, alors que celui-ci, en refusant le passage d’un nouvel oléoduc sur son territoire, nous empêche d’exporter notre pétrole», dit essentiellement M. Kenney.

Il y a tellement d’incompréhension et de mauvaise foi dans cet énoncé que l’espace nous manque ici pour détricoter tout ça.

Admettons tout d’abord que le Québec profite largement de l’actuelle formule de péréquation, comme en fait foi la croissance des paiements de péréquation depuis quelques années.

Cela dit, les Albertains doivent reconnaître que :

  • Les derniers changements significatifs apportés au régime de péréquation, qui semblent profiter au Québec depuis quelques années, l’ont été par le gouvernement de l’Albertain Stephen Harper;
  • Le Québec est la province dont les paiements de péréquation représentent la plus faible part des revenus totaux.

Source : Budgets 2019 des provinces bénéficiaires de la péréquation.

De plus, malgré la crise économique récente, les Albertains demeurent passablement plus riches que les Québécois. En 2017, le revenu médian après impôt était de 70000$ en Alberta, 18000$ de plus qu’au Québec.


Deux réalités fiscales

L’Alberta doit aussi comprendre que si le Québec se retrouve en bonne situation financière et capable d’offrir à ses citoyens des programmes sociaux plus généreux qu’elle, ce n’est ni seulement ni surtout grâce à la péréquation. Le Québec prélève 18 milliards par année en taxe de vente, alors que l’Alberta a choisi de ne pas avoir de taxe de vente du tout. De plus, comme le démontrent des données publiées dans le plus récent budget albertain, les Québécois paient beaucoup plus d’impôts que les habitants de l’Alberta. Le gouvernement albertain a même donné un nom à cette situation, dont il se vante:  l’«Avantage fiscal de l’Alberta.»


Écolos, vraiment?

Par contre, bien qu’ils disent lever le nez sur l’«énergie sale» des Prairies, les Québécois demeurent d’énormes consommateurs d’essence. Une donnée parmi d’autre : en 2018, 94,6% des automobiles achetées au Québec étaient des véhicules à essence. Une bonne partie de cette essence vient du raffinage de pétrole albertain.


Vers un dialogue

Une fois que les Québécois et les Albertains auront fait l’effort de reconnaître ces réalités de part et d’autre, il devrait être plus facile pour eux de dialoguer au lieu de se quereller. Qui sait, peut-être pourrons-nous parvenir à des compromis.