Le « premier » budget de Mme Freeland

08 April 2022

Le deuxième budget de Chrystia Freeland est plutôt son premier. L’an dernier, la gestion des finances était encore dictée par la pandémie. La ministre l’a dit d’entrée de jeu : « J’ai déposé mon premier [budget] en avril 2021. Dans l’année qui a précédé ce budget, l’économie canadienne était sur le point de s’effondrer. Notre économie s’était contractée de dix-sept pour cent. Cela a donné lieu à la plus grave récession depuis les années trente. »

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La pandémie, bien sûr, n’est pas terminée. Les éclosions sont nombreuses partout au pays. Mais la population est largement vaccinée, les variants récents semblent moins virulents, les gens sont las des mesures sanitaires… bref, on vit avec. C’est le message principal de ce budget. On tourne la page. L’économie tourne à plein régime. Les généreuses mesures de soutien en lien avec la pandémie disparaissent. La ministre nous dira que nous devons notre salut à son gouvernement, rien de moins : « L’argent qui a sauvé les Canadiens et l’économie canadienne – huit dollars sur dix investis – a été déployé principalement et à juste titre par le gouvernement fédéral. » La ministre se réjouit : « Aujourd’hui, le Canada est de retour en force. »

Un budget ne s’écrit jamais sur une page blanche. Ce premier budget Freeland est présenté dans un contexte chargé, imprévisible, et, à certains égards, inquiétant. D’ailleurs, même si la ministre relègue la pandémie au passé, les dommages causés par cette crise sans précédent sont bien actuels. L’explosion du prix des loyers et des maisons, l’inflation et son impact direct sur le pouvoir d’achat des Canadiens, les dysfonctionnements des chaînes d’approvisionnement sont tous, plus ou moins directement, des sous-produits de la pandémie. « Et maintenant, dit la ministre aux racines ukrainiennes (côté maternel), la guerre barbare menée par le président Poutine fait monter encore plus le prix des aliments et de l’essence. ». On est loin des « voies ensoleillées » de 2015…

Le titre du budget de Mme Freeland se lit comme suit : « Un plan pour faire croître notre économie et rendre la vie plus abordable ». L’ordre des priorités est clair.

Pour l’ensemble des Canadiens, Ottawa veut notamment faciliter l’accès à la propriété et lutter contre les hausses de loyers, déployer un vaste programme de soins dentaires, prolonger les incitatifs pour les véhicules électriques et combattre la violence faite aux femmes. Le programme de soins dentaires est une nouveauté dans le discours gouvernemental, témoignant de l’entente de collaboration récemment conclue entre le NPD et le PLC.

Au-delà de ces mesures sociales dont les médias ont fait état, ce budget se distingue par des mesures économiques qui pourraient avoir un impact marqué dans certains secteurs, en particulier dans des domaines d’innovation. La création d’un nouveau Fonds de croissance du Canada, capitalisé à hauteur de 15 milliards de dollars sur 5 ans visera à attirer des investissements du secteur privé notamment pour la lutte aux émissions de GES, la diversification de l’économie canadienne et la restructuration des chaînes d’approvisionnement. Le gouvernement mettra également sur pied une agence d’innovation et d’investissement fédérale indépendante, investira dans une refonte du régime de propriété intellectuelle et examinera en profondeur le programme de recherche scientifique et de développement expérimental (RSDE), moteur fiscal important de l’innovation au pays.

Les mesures annoncées sur l’approvisionnement en minéraux critiques devraient être bien reçues et faciliter, à terme, le développement d’un secteur énergétique propre, notamment la filière batterie, ici au Québec. La hausse annoncée des investissements dans le secteur de la Défense, 8 milliards additionnels sur 5 ans, devrait également être synonyme d’opportunités intéressantes pour les entreprises canadiennes en technologie.

En définitive, dans un environnement complexe, Mme Freeland a pu présenter un budget animé par une vision économique et politique et non plus seulement obéir à la nécessité. Ce budget porte ainsi indubitablement la marque de la ministre des Finances. On l’y reconnaît. Et elle s’y affirme comme la principale dépositaire de la philosophie de ce gouvernement.

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