201911.22
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Les dilemmes québécois de M. Trudeau

  • En nommant 10 ministres du Québec (28% du cabinet) et en confiant à plusieurs de ceux-ci des responsabilités importantes, le premier ministre Justin Trudeau a mis en place les premiers éléments de sa stratégie pour reconquérir sa majorité, ce qui passera nécessairement par des gains au Québec.
  • La tâche d’arracher la quinzaine de sièges supplémentaires qui sont requis au Québec ne sera toutefois pas de tout repos.
  • Le gouvernement Trudeau devra non seulement gérer les demandes du Québec mais contrer les attaques répétées du Bloc québécois, qui répercutera à Ottawa les exigences du gouvernement de François Legault.

  • Nationaliste et autonomiste, le gouvernement de la CAQ va presser le fédéral de satisfaire les exigences qu’il a exprimées durant la récente la campagne électorale fédérale :
  1. pouvoirs accrus pour le Québec dans le domaine de l’immigration;
  2. non-intervention du gouvernement du Canada dans la contestation de la loi 21 (laïcité de l’État);
  3. assujettissement à la loi 101 des entreprises sous juridiction fédérale;
  4. mise en place d’un rapport d’impôt unique géré par le gouvernement provincial.
  5. à cela s’ajoute le respect des volontés du Québec en matière d’évaluation des impacts.
  • Spontanément, la plupart des Québécois vont se ranger du côté du gouvernement provincial dans ces dossiers. Mais dans tous ces cas, il sera difficile pour Ottawa d’acquiescer. En effet, cela exigerait du fédéral qu’il se retire de champs de compétence importants.

  • À ces dossiers difficiles s’ajoutera celui de la péréquation. Les provinces des Prairies réclament une renégociation de la formule qui détermine les paiements de péréquation reçus par chaque province. Toute renégociation mènerait fort probablement à des pertes pour le Québec, qui est avantagé par la formule actuelle.
  • De 2012-2013 à 2019-2020, les paiements de péréquation reçus par le Québec sont passés de 7,4 milliards $ à 13,1 milliards $, une hausse de 77%.

Source : Finances Canada https://www.fin.gc.ca/fedprov/mtp-fra.asp#Quebec

  • Les propos critiques tenus par M. Legault, et par le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, au sujet du pétrole de l’Ouest (l’«énergie sale») alimentent la colère des Albertains à l’égard de la péréquation, en particulier des 13 milliards $ reçus annuellement par le Québec.

  • Comme le gouvernement Trudeau devra faire preuve de fermeté dans plusieurs de ces dossiers, il est primordial pour lui de communiquer constamment et intelligemment avec l’électorat québécois, afin de lui faire comprendre pourquoi les fédéraux résistent aux demandes du gouvernement provincial. La tâche s’annonce ardue.
  • Il est surtout important que le gouvernement Trudeau dirige le pays en tenant toujours compte des préoccupations des Québécois, en particulier dans les dossiers qui leur tiennent à cœur, notamment la lutte aux changements climatiques.
  • En effet, on peut penser que la performance décevante des libéraux dans le dossier environnemental (achat de l’oléoduc Trans Mountain) est en partie responsable de l’échec de leur tentative de récupérer le vote néodémocrate au Québec (c’est le Bloc qui a profité de la chute du NPD). À cet égard, la performance du ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson (qui peut s’exprimer en français), sera significative.

  • Mais ce sont d’abord les ministres du Québec,en particulier le «lieutenant» Pablo Rodriguez et la ministre du Développement économique Mélanie Joly, qui devront relever le défi de convaincre les Québécois d’appuyer à nouveau un parti de pouvoir plutôt qu’un parti d’opposition.
  • Il faut dire qu’à court terme, les Québécois auront le meilleur des deux mondes : ils sont forts au gouvernement ET dans l’opposition…