202001.24
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Un vrai virage vert — Le secteur privé adopte des politiques de plus en plus audacieuses dans la lutte aux changements climatiques

Le secteur privé est en train de prendre un virage en faveur d’une action plus énergique dans la lutte aux changements climatiques. On l’a vu la semaine dernière, lorsque le président de Blackrock, Larry Fink, a annoncé dans une lettre aux investisseurs qu’à son avis, le réchauffement de la planète est en train de provoquer «un changement fondamental dans le monde de la finance». Que le grand patron du plus gros gestionnaire de fonds au monde (7,4 billions US$ d’actifs sous gestion) affirme que «le risque climatique est un risque d’investissement» et que «l’investissement durable est la fondation la plus solide pour nos portefeuilles dans l’avenir», ce n’est pas rien.

Du même souffle, Blackrock a annoncé un important virage stratégique. La société mettra la durabilité au coeur de son montage de portefeuilles et de sa gestion du risque, délaissera les investissements comprenant un risque de durabilité élevé «tels les producteurs de charbon», et lancera des nouveaux produits sans investissements dans les carburants fossiles. M. Fink n’est pas soudainement devenu militant écolo. Il agit par intérêt. En effet, ce changement survient sous la pression des investisseurs : «Les changements climatiques viennent au sommet des préoccupations que nous expriment nos clients. D’Europe en Australie, de l’Amérique du Sud à la Chine, de la Floride jusqu’à l’Oregon, les investisseurs nous demandent comment ils devraient modifier leur portefeuille», souligne-t-il.

Cette semaine, à Davos, le Conseil international des affaires a publié un livre blanc sur les standards de reddition de compte en matière d’environnement, société et gouvernance (ESG). L’initiative vise à convaincre les entreprises de faire rapport de manière standardisée, en utilisant des critères reconnus, sur leur performance dans ce domaine. Selon le Conseil, «au cœur de cet exercice se trouve la conviction que l’ESG et les autres facteurs pertinents pour la création de valeur sont de plus en plus importants pour la performance des entreprises. Cela étant, ces facteurs devraient être inclus dans le rapport principal et dans les déclarations de procuration, en plus d’être intégrés dans la conception de la stratégie d’entreprise et dans les processus de gouvernance.» La publication de ce document incitera sans doute bien des entreprises à rendre des comptes de manière uniforme, et espérons-le transparente, sur leur performance en matière d’ESG.

Les sociétés pétrolières sont au cœur du débat sur les changements climatiques. Plusieurs d’entre elles se sont dotées d’une stratégie à cet égard, mais ces énoncés manquent généralement d’ambition. Le mois dernier, la multinationale espagnole Repsol a annoncé qu’elle se donnait comme cible de devenir carboneutre d’ici 2050. Oui, vous avez bien lu, une pétrolière qui veut, au net, émettre zéro GES d’ici 30 ans. Plusieurs mesures sont annoncées à cet égard, mais essentiellement, Repsol compte sur les nouvelles technologies : «Il est possible d’atteindre au moins 70% de cette cible grâce aux technologies qui sont déjà à l’horizon (…), notamment la captation, l’usage et l’entreposage du carbone.»

Repsol n’est pas, et de loin, le plus gros joueur mondial dans la production de pétrole. Mais elle n’est pas une puce non plus. Et sa démarche prouve que si la volonté est là, toute entreprise peut faire preuve de clairvoyance, de conviction et d’audace.

Au Canada, les producteurs des sables bitumineux ont beaucoup investi dans des nouvelles technologies leur permettant de réduire leur empreinte carbone. Mais comme la production continue d’augmenter, les émissions de GES sont également en hausse (+78% depuis 2010). En 2012, 13 producteurs canadiens ont fondé la Canada’s Oil Sands Innovation Alliance, qui regroupe leurs efforts de recherche dans ce domaine. L’Alliance vise à permettre «la croissance responsable et durable des sables bitumineux au Canada tout en livrant une amélioration accélérée de la performance environnementale grâce à une collaboration dans l’action et l’innovation.»

Fort bien, mais on aimerait voir les producteurs canadiens faire preuve de plus d’ambition, notamment en se fixant des objectifs chiffrés et transparents de réduction de GES. L’avenir de cette industrie cruciale pour l’économie canadienne dépend de la manière dont elle relèvera ce défi.